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Cela fait dix ans à présent que
je consacre deux à trois semaines chaque année au Burkina Faso. Depuis que j’ai
eu l’opportunité de servir pendant quelques mois dans une petite société de la
place à Ouagadougou, les burkinabè ont conquis mon cœur et mon âme.
En octobre dernier, j’effectuais
mon dernier voyage « au pays » dans le but de me rendre dans la
dernière région que je n’avais jamais eu l’occasion de « visiter » (lire « photographier »). Il
s’agit du Sahel. Dori, Gorom Gorom, …
des noms dont la seule prononciation suffit à nous emmener loin d’ici !
C’était le 24 octobre dernier, sur
la route au retour de ce Sahel, j’avais enfin
l’occasion unique de marquer un arrêt à Bani. Malgré les horaires totalement
inadaptés à une lumière un tant soit peu photogénique, cela faisait si
longtemps que ce lieu m’attirait tant il me paraissait déjà mythique malgré son
jeune âge.
La chance m’amena directement
chez Monsieur Cissé Souabou, où je pris note de notre conversation après une
visite à la Grande Mosquée …
Visite du site de la grande
Mosquée de Bani, en compagnie de Monsieur Cissé Souabou, fils d’El Hadj
Mohammed Boun Mahamadou, Hadj de Bani et fondateur de la Mosquée de Bani.
Sept Mosquées sur les collines qui entourent Bani et deux mosquées en
bas dans le centre du village. Cissé raconte …
« L’ancienne Mosquée datant
du troisième siècle de l’Hégire a été renouvelée en 1979. Le papa avait une
vision depuis ses sept ans et demandait à la famille de l’aider. Bien qu’il
savait qu’il ignorait tout du bâtiment et de la construction, sa confiance
inébranlable en Dieu lui aura permis de réaliser ce rêve un peu fou. Très vite
le village s’est joint à la famille pour l’aider. »
Ermite à quinze ans …
Alors
qu’il n’avait que quinze ans, le jeune Mohammed préférait déjà aller prier Dieu
en brousse plutôt que de fumer la cigarette et boire le thé avec ses amis. Il
vécut ainsi en quasi ermite jusqu’à l’âge de 25 ans. A deux reprises, l’homme
fit la route à pied jusqu’à La Mecque avant même ses quarante ans.
A quarante ans, il prit
l’initiative de réunir sa famille – entretemps il était accepté et considéré
comme un homme de Dieu – et d’entreprendre la réalisation de la mosquée.
Plutôt que de recevoir des sous
et de faire construire le chantier, il préféra mobiliser le peuple pour
réaliser ce travail ensemble. « Dieu
vous payera » dit-il, « en
santé, en nourriture, en éducation
… ». Et après un an et demi de travail acharné, la mosquée fût
terminée.
Ensuite, les soufis de Wali tracèrent
l’emplacement des sites des sept autres mosquées appelées à entourer le
village. Celles-ci ont la particularité de se diriger vers la grande Mosquée
fraichement achevée et non vers la Mecque comme le veut la coutume.
Ceci évidemment posa quelques
problèmes à Ouagadougou, les Imams refusant de reconnaître ce culte, dissident
à leurs yeux.
Une vue schématique aérienne du
site de la vallée et des montagnes de Bani nous montre que la vallée dessine une
forme particulière qui se distingue par une quasi symétrie, créée par deux
montagnes « mains » et une montagne « tête » à l’ouest du
village et deux montagnes « pieds » à l’Est. (voir pdf)
L’intention était donc de bâtir
ces petites moquées pour occuper ces lieux et de permettre ainsi aux villages
des collines d’avoir une mosquée pour leurs rites journaliers, les rites
spéciaux se tenant dans la grande Mosquée.
De la fonte du Banco …
Malheureusement, suite aux pluies
diluviennes du premier 1er septembre 2009, d’importants dégâts ont
été causés. C’est principalement le grand minaret de la grande mosquée qui a
comme fondu de moitié sous le déluge.
En plus des dégâts
occasionnés par ces intempéries, les petites mosquées souffrent du manque d’eau
pour assurer l’entretien de leur structure en banco. En effet, depuis qu’il n’y
a plus de barrage pour approvisionner le site en eau, les villageois de Bani
doivent à présent marcher quatre kilomètres pour atteindre le point d’eau le
plus proche. Aujourd’hui, les 5000 habitants de Bani se débrouillent comme ils
peuvent avec quatre forages.
Quel avenir pour Bani ?
« Aujourd’hui, … »
reprend Cissé, « nous avons la volonté de créer des campements écologiques
pour accueillir des touristes. » Fidèle aux volontés de son père Mohammed,
l’argent qui pourra être généré par cette activité sera appelé à être réinvesti
dans le projet de restauration de la Grande Mosquée. Idéalement, l’organisation
de voyages pour de jeunes gens désireux de se rendre utiles pourra les amener à
mettre la main à la pâte et participer activement à la reconstruction de la
Mosquée.
L’échange d’expériences entre
jeunes de Bani et de l’étranger constitue autant de richesses utiles à chacun.
Le bouche à oreille fera vite son travail pour ramener d’autres touristes
désireux de découvrir ce site et cette histoire exceptionnelle et ainsi
permettre à la communauté de villageois de Bani de faire fonctionner son école
et d’y garder ses enfants.
C’est le
meilleur salaire que peut offrir Dieu à ces fidèles pour le tout travail abattu
pendant de nombreuses années.
Vous pouvez Contacter Mr Cissé Souabou, Responsable des Mosquées de
Bani (Association Annura)
Bur. 0022640467210 - Cel. 0022676446384
- Cel. 0022670980819 / BP 88 Bani s/Dori au Burkina Faso